Pour de nombreux médias, le Front national de Marine Le Pen est souvent perçu comme une saga familiale ou une stratégie de "dédiabolisation". Cependant, comprendre ce parti nécessite d'en saisir la véritable nature, qui s'inspire de diverses traditions idéologiques. Grégoire Kauffmann, historien et politiste, explore les généalogies qui forment l'identité du "nouveau FN". Il démontre que ce mouvement réactualise l'héritage de l'"anticapitalisme national" du XIXe siècle, porté par des socialistes anti-marxistes et teinté d'un patriotisme antisémite. En revendiquant l'héritage populiste des sans-culottes de 1793, cette tendance s'épanouit dans la xénophobie et le boulangisme des années 1880, tout en intégrant un conservatisme de droite. Le "nouveau FN" est l'un des héritiers de cette hybridation. Sa ligne actuelle, "sociale" et "ni droite, ni gauche", évoque un retour aux sources du "nationalisme révolutionnaire", idéologie des jeunes néofascistes du mouvement Ordre nouveau, fondateur du parti en 1972. Est-ce un agrégat fragile d'héritages incompatibles ou une fusion réussie au sein d'un parti normalisé ? En s'appropriant les valeurs de la République pour les utiliser contre l'islam, Marine Le Pen semble avoir réussi à rassembler les tendances concurrentes de l'extrême droite française autour d'un dénominateur commun.
Grégoire Kauffmann Knihy
