Ah, c'était le bon temps ! Malgré mes déboires, malgré la cerise qui me poursuivait de ses saveurs aigres-douces, le ciel était bleu, le Beaujolais était nouveau, les dames étaient pimpantes et le chibre " toujours prêt ", comme le boy-scout de la légende. Sans en avoir l'air, je vous ai donné votre première leçon d'argot, tout en vous faisant toucher du doigt une vérité première : l'argot, tel le latin, brave l'honnêteté. Alphonse Boudard L'argot était à l'origine le vocabulaire très protégé (Les Ballades du jargon du pauvre François nous restent indéchiffrables) de la corporation délinquante. Ce l'était encore au début du XIXe siècle. Ce ne l'était déjà plus dans les années 1900, âge d'or de l'argot classique. L'argot est avant tout un instrument de plaisir. Ce plaisir du texte dont parle Roland Barthes, le lecteur le trouvera à chaque page de La Méthode à Mimile. Jacques Cellard.
Qui est cette " jolie dame parfumée de la ville " qui, brusquement, fait irruption dans la ferme du Loiret où le petit Alphonse est élevé par de modestes paysans ? Quelle est cette femme charmante et vive, mais presque toujours absente du domicile parisien où l'adolescent habite avec sa grand-mère, et qui n'apparaît que furtivement au bras d' "oncles " toujours nouveaux ? Imprévisible, à la fois proche et lointaine, elle ne fera pourtant jamais défaut à Alphonse ; mais jamais, non plus, la mère et le fils ne parviendront à se parler vraiment...Avec son regard acide, son invention verbale, sa mélancolie aussi, Alphonse Boudard évoque le monde disparu de sa jeunesse. Au fil du récit, il laisse s'exprimer une émotion de plus en plus forte. On connaissait le Boudard de la langue verte et de la verve populaire, ce livre révèle un Boudard plus personnel, sensible et révolté - un magnifique écrivain français.
Maire-Gertrude du couvent des Oiseaux, devenue Madame de Saint Suplice, fera carrière dans une maison de tolérance très huppée à Paris, fréquentée par des ecclésiatiques.
Beaucoup de gens ignorent que la cerise c'est la guigne, la poisse, la malchance. Une vieille pote à moi, ma chère compagne, mon amoureuse folle que je retrouve à tous les coins de rue de mon parcours. Si elle me colle au train, la salope ! me saoule, m'ahurit ! Toujours là, fidèle à tous les rendez-vous ! Fidèle comme un chien, fidèle comme la mort. J'ai beau faire, toucher du bois, me signer, éviter l'échelle par en dessous, j'arrive pas à l'exorciser. Elle me sourit en code pénal, me roule des patins aux bacilles, me fait des caresses au bistouri, m'envoie pour ma fête des bouquets de flicailles, d'huissiers, des billets doux papier bleu. Même aux brêmes j'ai rarement beau schpile, j'ose plus les toucher, je m'écarte des tripots. Rien à chiquer, je suis vu, je suis pris. C'est ça la Cerise, l'existence entre chien et loup, entre deux douleurs, entre deux gendarmes. Alphonse Boudard
Sans doute le roman le plus picaresque d’Alphonse Boudard. Un vrai régal. Auguste-le faussaire, que l'auteur connut en prison, purgeait sa peine pour avoir fourgué des Utrillo, des Matisse, des petits Renoir ou des Max Ernst qui sentaient manifestement la peinture fraîche. Quinze ans plus tard, Alphonse le retrouve régnant sur sa boutique, «' La Lanterne », le verre en main, entouré d'une multitude d'artistes louches, fines lames et grasses plumes, d'Italiens, d'Espagnols réfugiés, de princesses russes, de rescapés de la Loubianka, d'anarchos surgis de la Belle Epoque, évoluant parmi un fatras d'objets innombrables qui donnent au lieu saint une allure alibabesque. A cette compagnie de copains et de coquins, se mêlera bientôt Vulcanos-le-mage, rencontré dix ans plus tôt au sanatorium des Colombes. Son rire éclate entre les murs de « La Lanterne » aussi souvent qu'à l'époque des trafics honteux, des charivaris de tous les diables, des plaisanteries d'un vulgaire et d'une indécence indépassables : toutes sortes d'animations peu culturelles dont pouvait être capable un tubard à la mentalité malfrate et aux facultés divinatoires. Jusqu'à ce jour mémorable qui consacrera son génie avec Le Banquet des Léopards. Une occasion de rire à s'en péter l'artère fémorale. On se doute qu'Alphonse Boudard prête à Vulcanos une destinée hors du commun. Vulcanos glorieux se balade ainsi parmi les anges et les saints, un kil de rouge à débit sporadique et à contenance infinie à portée de bouche. Alphonse Boudard est une légende de la littérature française d'après guerre aux côtés de René Fallet, Albert Simonin ou encore Antoine Blondin. Né à Paris en 1925, de père inconnu et de mère trop connue, il est élevé dans le 13e arrondissement prolétaire. Résistant de la première heure, il reçoit la médaille militaire. Mais après la guerre, il vit de petits boulots et traficote. Il glisse doucement mais sûrement vers la pègre. Plusieurs séjours en prison et sanatorium lui inspireront La Cerise et L'Hôpital. A 33 ans, il se consacre à l'écriture. Sa langue est verte, nourrie de l'argot et du langage populaire. Ses romans sont largement autobiographiques. Au cinéma, il collabore avec Michel Audiard, puis écrira pour Jean Gabin.